N2 R8 : Incipit.
Ami lecteur sais-tu combien de plumes, de litres d’encre, de parchemins me coûtent les innombrables ratures et corrections ; combien de migraines, de nuits d’insomnies il me faut souffrir et combien de litres de sueur s’exhalent de tous mes pores avant que Calliope me juge enfin digne de son aide dans le choix délicat du titre de l’article rendant compte des multiples péripéties de notre glorieux ost ?
Devant satisfaire de fort diverses attentes, la rédaction de l’incipit d’un compte rendu est toujours affaire d’une grande complication :
Il doit accrocher la curiosité du lecteur de passage, mais ne doit suggérer à l’habitué nul soupçon de « déjà vu ».
Les nôtres acteurs doivent y espérer moult informations inédites et l’adversaire doit en jalouser le style.
Il ne doit ni trop dévoiler si le lecteur n’en sait l’issue ni trop celer au risque de ne susciter nul l’intérêt.
Mais, boudeuse ou fort occupée à seconder un autre scribe plus méritant que moi, ma Muse me délaissant trop longtemps, j’eus quelques instants l’idée de plagier des maîtres du passé. Trois phrases me vinrent immédiatement à l’esprit :
« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. »
« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »
« Au fond d’un trou vivait un hobbit. »
Je les écartais promptement : utiliser la première pour de si peu nobles matières s’approchant du blasphème ; l’usage de la deuxième m’étant impossible sans renier mon nom tant la menterie est patente ; quant à la dernière, aucun de mes efforts d’imagination n’aurait pu la relier de près ou de loin au sujet qui nous intéresse.
Il ne me restais plus qu’à puiser dans les exemples de mes nobles prédécesseurs l’inspiration qui me fuyait.
Prémices :
Ayant sonné le tocsin, tant la situation était critique, j’eus la satisfaction et le soulagement de recevoir promptement, et souvent avec enthousiasme, tout renfort nécessaire à la composition d’une redoutable armée. Même Paul s’échappa de sa studieuse retraite pour prêter main forte au club de son enfance. Et si Antoine ne se joignit à nous qu’après quelques jours d’hésitation ce n’était que pure modestie.
Composée, dans l’ordre des échiquiers, d’Antoine, Paul, Olivier B, Jean-Marie, Alain K, Christian, Benoît et Laura, notre armada était, selon l’indice de monsieur Arpard Elo, la plus forte alignée cette saison.
Afin d’égayer la narration de cette glorieuse épopée, je me permettrai de l’illustrer par la position finale de chacune des rencontre.
Retrouvailles :
Quelques jours avant la rencontre, l’ancien président de l’échiquier du lac (version XXe siècle) nous transmis ses meilleurs vœux de succès. Comme l’un des membres de l’équipe adverse participa au tournoi organisé par ledit président je crus bon de l’en aviser.
Auparavant, l’actuel président avait rencontré une tout aussi vieille connaissance, ce fut là aussi l’occasion d’évoquer le temps jadis.
Rapide victoire :
Quelques heures avant le début des combats, je fus avisé du désistement prématuré d’un visiteur. Laura n’eut donc pas l’occasion de parfaire son entraînement en vue des championnats de France. Paul n’étant pas même attablé, l’échiquier du lac menait de deux points
Enghien-les-Bains 1 – Clichy -1
L’occasion a tous ses cheveux au front : quand elle est outrepassée, vous ne la pouvez plus révoquer, elle est chauve par le derrière de la tête et jamais plus ne retourne :
Christian, après un choix malheureux dans le début de partie, subissait une insoutenable pression quand soudain, son opposant faillit. L’opportunité ne fut pas saisie. La défaite devint inévitable.
Enghien-les-Bains 1 – Clichy 0
Un Président toujours aux aguets :
Alain combattit longtemps l’initiative de son adversaire, avec succès. Tandis que la partie s’acheminait vers un partage de point logique et mérité, la vigilance trahit les noirs. Mais les qualités qui valurent le surnom de notre président ne l’abandonnèrent pas et le mat fut inévitable.
Enghien-les-Bains 2 – Clichy 0
Parfois le courage ne suffit pas :
Créditons Antoine de son courage d’avoir précocement initié d’audacieuses escarmouches, et créditons son adversaire d’avoir navigué avec sang froid parmi les nombreux écueils.
Enghien-les-Bains 2 – Clichy 1
Il y a plus d’aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde – ou pas…
Au septième échiquier, contredisant Mac Orlan, tergiversations, atermoiements et hésitations tant blanches que noires se prolongèrent jusqu’à la bévue qui permit au capitaine enghiennois de remporter la victoire.
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Ténacité récompensée :
Paul sauta à pieds joints dans un piège qu’il connaissait cependant. Au bord de la défaite, il déploya des trésors d’ingéniosité et d’énergie pour retarder ce qui semblait inévitable. Sa pugnacité fut récompensée d’un demi-point.
Enghien-les-Bains 3 – Clichy 1
La réussite d’une production repose sur l’attention prêtée aux détails :
Pendant près de quarante coups l’équilibre était préservé, Olivier ne pouvait se prévaloir que d’une légère initiative. Peut-être abusé par la présence des fous de couleur opposée, son adversaire ne fut pas assez vigilent : il permit l’activation décisive de la tour et du fou des blancs. La victoire de l’échiquier du lac était acquise.
Enghien-les-Bains 4 – Clichy 1
Trocs en stock :
Jean-Marie échangea un pion contre un avantage d’espace et un pion central avancé, puis troqua une qualité contre un dangereux pion adverse. Mais son adversaire remplaça son avantage matériel par deux pions qu’il fut impossible d’empêcher d’atteindre la dernière rangée.
Enghien-les-Bains 4 – Clichy 2
Les supporters sont là :
Laurent « le Panda » et Olivier « le Gangster » vinrent apporter leur soutien moral à leurs équipiers. Qu’ils en soient remerciés.
Explicit :
Cette seconde victoire consécutive permet à l’échiquier du lac de conserver un infime espoir de maintien en nationale 2 en cas de défaite des équipes de Baisieux ou d’Arras.
Ami lecteur, que tu sois un habitué de longue date ou voyageur de passage, membre de la glorieuse équipe de l’échiquier du lac ou redoutable adversaire, j’ose espérer que l’incipit choisi pour chacun des chapitres de notre pénultième combat t’aura séduit d’une façon ou d’une autre.


