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Coupe de France 1er tour : Les échecs au temps de la COVID19

Rassurez-vous, je ne vais pas tenter de plagier Gabriel Garcia Marquez. Dans la lignée de « le site du club, c’est mon blog », je vais plutôt vous donner mon sentiment sur les différences entre les parties telles qu’on les a pratiquées depuis… un certain temps, et ce premier match post COVID.

En effet, je n’ai pas touché un échiquier en vrai bois de vrai arbre depuis le mois de janvier lors de nos matches contre Maisons-Laffitte et l’équipe du comité val-d’oisien des échecs. Certes j’ai parfois rectifié la position initiale de l’échiquier qui trône dans la niche de ma bibliothèque après le passage de ma petite fille mais ça ne compte pas.

Aïe ! Je me rends compte que je viens d’avouer que je n’ai pas profité du confinement et des tournois lichess pour peaufiner mon répertoire d’ouverture, réviser les finales de tours ou analyser les meilleures parties de Kortchnoï. Tant pis si je déçois mes quelques admirateurs, la vérité et la franchise doivent primer sinon je ne m’appellerais plus Le… Chef.

Nathan, Alain K. et Laurent ayant promptement répondu présent, je les ai sélectionnés pour notre premier match de la saison contre l’équipe de Beaumont-sur-Oise.

Outre les habituels documents (PV, règlements, liste des joueurs etc.), bouteille de soda, gâteaux et stylos, la sacoche du capitaine a accueilli masques et gel hydro-alcoolique. La bouteille de « jus de pomme » a finalement été écartée, la présence d’un joueur mineur dans l’équipe et l’obligation de porter un masque étant peu propice aux célébrations (ou consolations) d’après-match.

Laurent et Nathan étaient déjà présents et – comme il se doit – masqués lorsque je suis arrivé à l’espace du lac. Juste derrière la porte, une table présentait aux arrivants masques et gel hydro-alcoolique et de nombreuses affiches rappelaient les gestes barrières.

Point de franche poignée de main à mon arrivée et les sourires amicaux ne se devinaient qu’au regard.
Laurent nettoyait tables et échiquiers à l’aide de lingettes désinfectantes, Nathan installait les pièces spécialement réservées pour ce match après s’être abondamment gel-hydro-alcoolisé les mains.

Nos adversaires arrivèrent bientôt, suivi peu après de notre président, tous dument masqués.

La lecture de la feuille de match nous confortait dans notre statut de favori, mais comme je le signalais sur la convocation, les circonstances exceptionnelles devaient nous inciter à la plus grande prudence.

Après les recommandations d’usage énoncées par Laurent l’arbitre de la rencontre, les parties pouvaient commencées sans l’habituelle poignée de mains mais le geste fut esquissé au-dessus de plusieurs échiquiers.

Je me souviens avoir lu un commentaire d’un grand-maître indiquant qu’il était impossible de savoir en regardant son visage si Boris Spassky avait une position gagnante ou s’il luttait pour sauver sa partie car il était toujours impassible. Seule, parfois, la coloration de ses oreilles trahissait sa nervosité.
D’habitude je ne regarde pas mon adversaire pour chercher à connaître ses états d’âme, mais ce dimanche je me suis surpris à chercher dans son regard un indice concernant son jugement de la position, sans grand succès à vrai dire.

Autre indice de l’anormalité de cette rencontre, je me suis surpris à hésiter quelques centièmes de secondes avant de reprendre la dame averse : était-elle contaminée ? Fallait-il que j’utilise une lingette pour effectuer mon coup ?

Toutes ces hésitations furent de courte durée, la partie pris bientôt un cours « normal » que seule la gêne occasionnée par le masque vint troubler : outre la respiration rendue plus difficile, une fine pellicule de buée causée par la vapeur d’eau des exhalaisons venait souvent couvrir les lunettes des participants rendant la vision de la position moins précise.

Le café fut bu – et donc le masque ôté – à l’extrémité de la salle et le paquet de gâteaux ne fut même pas ouvert.

La COVID19 ne se manifesta plus qu’à l’issue de la partie lorsque, de nouveau, le geste de se serrer la main fut brièvement esquissé mais immédiatement et simultanément réprimé.

Et les parties me direz-vous ? Que s’est-il passé ? La logique sportive a-t-elle été respectée ? Et si ce fut le cas, la poigne de fer enghiennoise trembla-t-elle sous le gant de velours ?

Au troisième échiquier, avec les blancs, Alain pris rapidement l’initiative puis l’avantage en déroquant le roi de son adversaire qui dû concéder des faiblesses pour achever son développement. Jouant vite, notre président maintint la pression malgré les échanges. Au quarantième coup, malgré l’égalité matérielle, son adversaire accepta sa défaite dans la position ci-dessous : les pions noirs vont tomber sans aucune compensation.

EdL – Beaumont 1-0

Au deuxième échiquier, après un précoce échange des dames, j’ai tenté de profiter de l’affaiblissement des cases noires de l’aile dame des noirs tandis que ceux-ci omettaient d’essayer d’en faire de même au centre. J’ai alors sacrifié ma structure de pion pour gagner la paire de fou puis dans la position suivante mon adversaire s’est trompé en jouant 20… Td6 au lieu de Td7.

Après l’échange des tours le cavalier va être repousser et le pion faible en d6 va rapidement tomber.

EdL – Beaumont 2-0

Une partie nulle suffisait donc pour gagner le match. C’est Laurent qui s’en chargea.
Après un début hésitant, il égalisa peu à peu et pris même un léger avantage lorsqu’il proposa opportunément la nulle après avoir joué 28… Tc3 son adversaire et lui-même étant un peu à court de temps et la position du premier échiquier étant toujours incertaine. Après mûre réflexion et avec l’approbation du capitaine Beaumontois, la proposition fut acceptée.

EdL – Beaumont 2-0

Au premier échiquier avec les noirs Nathan a pris l’ascendant en milieu de jeu. Puis, dans la position ci-dessous, il attaqua le cavalier blanc par 28… h5.

Les blancs jouèrent leur va-tout en laissant le cavalier en prise par 29. Tag1, une retraite de la pièce attaquée étant suicidaire. Sous la pression du temps et des menaces répétées de son adversaire, Nathan ne trouva pas la manœuvre permettant de mettre son roi à l’abri pour ensuite valoriser sa pièce surnuméraire. Il dû rendre son matériel d’avance mais l’attaque blanche n’en fut pas amoindrie.

EdL – Beaumont 2-1

Nous ne fûmes pas vraiment inquiétés mais, malgré notre grande avance au classement Elo, ce ne fut assurément pas un match facile comme le score étriqué le montre.

Rendez-vous le premier novembre pour la suite de la compétition.

4 commentaires.

  1. Avec son talent habituel , la Coupe de France racontée par le Chef !

  2. 6 mois d’inactivité échiquéenne n’ont rien ôté à ta qualité de journaliste Kptain. Bravo pour ton angle de vue original :)

  3. Merci Chef, vos articles sont toujours un plaisir et remontent bien le moral !

  4. Toujours autant de talent Chef !

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